lundi 16 février 2009

Charleroi, les chevaux de Troie et moi


La vie, c'est marrant des fois.

Oui, c'est sur ce poncif que je démarre ce post, je fais ce que je veux, c'est mon blog : c'est moi le chef. D'ailleurs, je vous préviens, soyez prêtes à du déstructuré, du désorganisé et du vrac.

Charleroi, c'est marrant comme endroit. Bien sûr, on ne peut pas se rendre compte sans y avoir passé du temps. La ville a mauvaise réputation, c'est vrai. Et moi qui ai un point de comparaison pour y avoir vécu, je peux vous dire qu'elle la mérite largement. Ceci dit, il y a aussi des aspects plus reluisants. Oui, les gens sont un peu violents, un peu agressifs, un peu "pas comme ailleurs". Mais il faut savoir les prendre, aussi. Arrêtez de leur parler comme à des débiles, pour commencer. Ensuite, mettez-vous bien dans la tête qu'ici, personne ne prend rien au sérieux. Personne. Ils ne savent pas comment faire, c'est bien simple. Si quelqu'un se casse la gueule en rue à cause du verglas, tout le monde rit. Tout le monde. Surtout les vieux, et sans se cacher, à gorge déployée. Il y a quelques jours, un gars explique à un autre que son fils, qui est actuellement en Afghanistan (avec l'OMLT, je présume) s'est acheté une webcam et qu'il fait "l'Américain sur la web". Genre. Donc le gars, il est para, il peut se prendre une balle à tout moment et être renvoyé entre quatre planches à sa famille, mais comme il s'est acheté une webcam, il "fait l'Américain". Oui, oui. Pour rappel, le capitaine Debatty a grandit ici, dans ce même quartier, et il faisait partie des dix paras belges massacrés à coups de machette à Kigali. On peut difficilement faire plus sérieux comme contexte. Mais non, le fils du gars, lui, il fait l'Américain. C'est vous dire à quel point ils ne prennent rien au sérieux. Et j'avais oublié ça. Ce que j'avais aussi oublié, c'est que les gens ici ne communiquent pas facilement, et que toute tentative de communication même civilisée peut passer pour une agression ouverte. Seulement voilà, moi ça fait cinq ans que je n'habite plus là, donc au début, je ne me rendais pas compte de ce que je faisais et je devais passer pour une sorte d'Amélie Poulain insupportable. Pourtant, j'ai continué à sourire de toutes mes dents et à dire bonjour. Vous n'imaginez pas le nombre de gens qui m'ont parlé, et qui, en plus, se sont mis à se parler entre eux. Bien sûr, ce n'était rien du tout, et ça ne changera pas la face du monde, et encore moins celle de Charleroi, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir un tout petit sentiment de satisfaction. C'est fou ce que les gens sont sympas, quand on leur laisse un peu d'espace. Je pense à Claude le maçon qui donne des conseils au petit jeune qui écoute du rap le matin et qui a bien voulu couper son gsm quand je le lui ai demandé parce que franchement, moi, Booba dès le matin, je peux pas, à Françoise, qui est en réinsertion, à Jean-Pierre, qui travaille aux contributions, à Yvette, qui me souhaite une bonne journée en hurlant dans le bus, à ce gars qui me dit bonjour tous les matins et dont je ne sais rien, à cette maman qui prend le métro avec ces deux mômes positivement infernaux et qui a l'air tellement fatiguée. On perd trop souvent de vue que chaque personne qu'on croise a elle aussi une vie entière à porter.

Bon, après ces constatations neuneus en diable, passons à quelque chose de plus festif. Charleroi, c'est aussi un tas de petits restos et de bars vachement sympas que j'avais oubliés. Jeudi, j'ai fait une incursion dans mon adolescence à La Cour des Miracles, avec une petite Margarita fraise, ça fait toujours plaisir et ça ne coûte rien (bon, ok, ça coûte le prix d'un t-shirt chez Zara, j'aime les euphémismes). Si mon adolescence s'éloigne un peu plus chaque jour, je me dis que ce n'est pas un mal, à condition qu'il y ait toujours des Margaritas, Daïquiris et autres Mojitos.

Ce weekend, quelqu'un m'a dit "J'ai voulu me défragmenter le cerveau mais ça n'a servi à rien parce que j'ai un cheval de Troie dans la tête". Vous me direz : "oui, Justine, tu sors les choses de leur contexte alors forcément...". Hé ben non, parce que figurez-vous que ne peut pas dire à proprement parler qu'il y avait un contexte. J'aurais voulu retenir d'autres choses, mais je crois qu'il me faudrait à mon tour défragmenter si je voulais faire un peu de place au niveau de la mémoire.

Parlant de mémoire...Il va bien, merci. Nous vivons chacun notre vie, lui sur mon bureau, et moi, loin. Nous sommes un tandem mémoire-mémorante très libre.

Cette fois, ça y est, c'est fini, j'ai terminé de traduire mon premier bouquin en entier. Je suis fière. Si, si. Même si a priori le sujet ne m'intéressait pas. Même si a priori ce n'était pas une langue de ma combinaison. Et même si a priori personne ne le lira jamais. Mais c'est symbolique. Terminer quelque chose...

Et pour le reste, tout le reste... hé bien, ça ne vous regarde pas.

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