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lundi 12 octobre 2009

Des nouvelles pas si nouvelles que ça

Halala... chers lecteurs, comme je vous ai délaissés, toute occupée que j'étais à vivre ma vie là-bas, dehors ! J'en suis navrée (mais pas tant que ça, la vraie vie, sans clavier, c'est pas mal non plus). Mais vous m'avez manqué. Je ne sais pas si je vous ai manqué aussi, mais j'ai cru apercevoir dans mes statistiques de visites que certains d'entre vous continuaient régulièrement à passer par ici et à relire les anciens articles.

Comme j'ai pris l'habitude de vous raconter les hauts et moyens faits de ma petite existence, une petite mise à jour s'impose ; elle permettra, en outre, de vous expliquer où j'étais pendant tout ce temps.

Tout d'abord, j'en ai fini avec l'EII. J'ai terminé mon mémoire en temps et en heure, grâce à la magie des nuits blanches, seule face à mon écran plasma, à justifier de l'usage du passé simple et autres turpitudes de la langue française. Je l'ai ensuite mollement défendu devant un jury pas vraiment agressif et plutôt bienveillant, et il m'a valu un quinze, aussi surprenant soit-il. Il traîne maintenant sur les obscurs rayonnages de la bibliothèque du Pentagone de l'UMONS (mon mémoire, pas le jury), où personne n'ira jamais le consulter, et c'est presque tant mieux. Il y a ensuite eu la fameuse proclamation, dont je n'ai malheureusement pas eu le loisir de profiter comme je l'aurais voulu, car elle a surtout fait office d'acte décimatoire, comme une pantomime de corrida dans laquelle les taureaux n'avaient aucune chance de survie face à une armée de féroces matadores aux banderilles tranchantes. Seuls rescapés, Nacho, Julia et moi. Le reste de la bande reste à l'EII. Beaucoup de colère et de tristesse pour eux, avec qui nous avons tout vécu, du meilleur au pire en passant par tout le reste. Vous vaincrez les gars, j'ai foi en vous !

Ce chapitre terminé, il me fallait me mettre en quête de mon but suivant. Peut-être était-ce une forme de pédanterie de ma part, mais je me voyais bien avec un diplôme de plus. La coopération au développement et les ONG en tous genres m'intéressaient, le choix s'est donc imposé de lui-même : ce serait un master en sciences politiques. Après de très brèves démarches administratives, je me suis donc retrouvée aux Fucam en sciences-po' (comme disent les bobos), option relations internationales. Inutile de vous dire que c'est surtout ce dernier aspect qui m'a séduite. Quoiqu'il en soit, s'il est encore un peu tôt pour vous faire part de mon avis sur la chose, je suis malgré tout d'ores et déjà parvenue à certaines conclusions :

  1. Les Fucam, c'est très différent de l'EII. Par exemple, les valves électroniques fonctionnent. On y trouve son horaire, les notes de certains cours, mais aussi des messages concernant l'absence du professeur du lendemain... ça fait toujours plaisir. Du coup, impossible d'arriver à 8h15 pour apprendre qu'on s'est levé pour rien.
  2. Là, il y a des baptisés. Oui, oui. Vous savez, ces guignols un peu crados avec un chapeau ridicule qui sentent la mauvaise bière à trois kilomètres, qui évacuent la frustration de la médiocrité de leur vie en humiliant les étudiants de première année et qui vous regardent de haut ? Hé bien c'est ça. Et il y en a plein. Mais dans l'ensemble, outre l'aspect ridicule, ils ne sont pas vraiment dérangeants.
  3. Je ne me souvenais pas à quel point c'était difficile de débarquer dans un groupe déjà formé. Ha oui ! Je ne vous ai pas tout expliqué. Grâce à Bologne ou à je-ne-sais quelle intervention divine, le master en traduction donne droit à un accès direct et inconditionnel au master en sciences politiques. Je me retrouve donc dans une classe qui a déjà passé trois ans ensemble et ne paraît pas particulièrement intéressée par le fait d'intégrer les pièces rapportées, à quelques exceptions près. Les autochtones, en somme, ne fraient pas avec les étrangers. Curieuse attitude pour des gens qui s'apprêtent à travailler dans la diplomatie.
    Imaginez donc le choc pour moi, au terme de cinq ans dans une faculté où je connaissais tout le monde, où rester seule plus de dix minutes relevait de la mauvaise volonté et où il y avait toujours bien un sourire à faire à quelqu'un ou un ragot à ramasser. Mais on s'y fera... Comme Loïc le disait au début de la première année : "je ne suis pas ici pour me faire des amis, des connaissances ce sera bien suffisant" (ou pas).
Voilà en ce qui concerne l'aspect académique de ces derniers mois.

Il y a autre chose de nouveau dans ma vie, et ce n'est pas des Spécial K (vous vous souvenez de la pub ?). Je me suis dit que je ne pouvais pas continuer à critiquer les hommes sans m'en procurer un spécimen d'études à examiner de plus près. C'est donc dans une démarche toute journalistique que je me suis engagée dans une relation avec un Homo sapiens XY (la bonne excuse, vous y croyez tous, je suis sûre). Hé bien j'ai appris plein de trucs surprenants. Par exemple, certains d'entre eux n'aiment pas le foot. Si, si. Certains lisent (des LIVRES ! Pas des magazines !), ne se plaignent pas continuellement quand on les emmène dans les magasins, écoutent quand on leur parle et font attention aux détails (souvent même plus que moi, je dois commencer à faire gaffe au vernis à ongles que je porte, parce que LUI il le voit). Par contre, vérité universelle s'il en est, l'Homme a la flemme dans la cuisine et est persuadé qu'une mitraillette constitue effectivement un vrai repas. Je vous livrerai une étude plus approfondie plus tard (sauf si l'Homme tombe là-dessus et me menace de manger mon stock de chocolat à la figue en représailles).

Sinon, j'ai pensé à changer le titre de mon blog, me disant que "Lost in Traducción", c'était bien joli, mais que comme on m'avait filé mon diplôme, c'en était terminé. Et puis, si quelqu'un a jugé que je le méritais, c'était que je ne devais pas être si "Lost" que ça. Mais au final, comme je fais encore des traductions et que sur une échelle de définition de ma personne, "l'art" de la traduc' est tout de même en bonne place (échelle de définition de bibi : Être humain > Jeune > Femme > Européenne > Traductrice > Dilettante > Blonde > Étudiante), j'ai décidé de le garder.

Et vous les gens ? Comment va la vie ?

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Top 5 des trucs à manger un lendemain de veille quand on se lève à midi moins-le-quart :

  1. Un bon gros menu BigMac. Oui, je sais, soutenir une multinationale américaine en mangeant des OGM, c'est très mal. Oui, c'est cher pour ce que c'est. Oui, c'est que du gras et ça te tombe direct sur les hanches et tu vas souffrir toute ta vie pour perdre ces graisses-là. D'accord. Mais laisse-moi dire brol ! C'est bon et puis c'est tout (sans lien avec ma réflexion sur les hommes et les mitraillettes, ok ?).
  2. Un couscous. Parce qu'il n'y a pas d'heure ni de jour pour manger un couscous. C'est plein de légumes, en plus, et ça cale vachement bien. Après, une bonne sieste, et on est tout de suite plus en paix avec le monde. Si vous n'avez pas le temps de vous taper Charleroi pour aller manger l'excellent couscous du resto Le Maghreb, je vous recommande La Petite Couscoussière à Mons. L'équipe est sympa, et l'agneau à se damner.
  3. Un monstrueux sandwich au filet américain. Avec des petits oignons et de la mayo. Laura est capable, en temps normal, d'avaler une baguette entière avec une barquette de filet américain, et pourtant, c'est pas qu'elle ait faim. Donc, ma conclusion est : ça se mange sans faim. Na.
  4. Une pizza. Quatre saisons de préférence. Avec de l'huile piquante c'est mieux. Chez Pizarella, pas chez Domino's. Une pizza, j'ai dit.
  5. Un camembert au four. Bon, forcément, il faut aimer le camembert. Et avoir un four. Une fois ces deux étapes passées, on ouvre la boîte de camembert (en bois, pas en carton hein!), on incise le fromage avec un couteau, on poivre, on verse une petite lampée du vin blanc qui traîne au frigo et on laisse cuire jusqu'à ce que l'intérieur soit bien liquide. Puis on ouvre les fenêtres quand on a fini de manger, et on se lave les cheveux.

dimanche 21 juin 2009

Deux jours.

Deux jours. DEUX JOURS. Deux misérables petits jours de rien du tout. Qui vont être bien longs. Deux jours d'examens, et puis c'est tout. Quatre TAVs et on n'en parle plus.

Allez, je me décide à t'expliquer, à toi lecteur qui n'as jamais mis les pieds à l'EII ce qu'est la TAV. C'est une spécialité locale (très, très locale) dont l'acronyme signifie traduction à vue. Que du bonheur. L'exercice consiste à prendre connaissance d'un article de presse rédigé dans une des langues que tu étudies, et qui se compose pour la moitié de mots dont tu ignores bien entendu le sens. Il te faut ensuite le comprendre, le structurer dans ta tête et réfléchir aux traductions possibles. Le tout en cinq minutes, parce que sinon ça n'a vraiment rien de rigolo. Tu te retrouves ensuite face au prof à qui tu dois traduire le dit texte. Bien entendu, si tu n'as jamais fait de traduction de ta vie, tu penses encore qu'on n'a qu'à traduire un mot par un autre et puis c'est tout. Ben tiens. Et un jour Brad Pitt va quitter Angie pour moi, c'est sûr. Bref, tout ça ne serait pas complet si les textes n'étaient pas spécialisés en économie et en sciences. Et quand je dis "spécialisés", je ne déconne pas. Parce que va t'en expliquer quel point de la conjoncture macro-économique a influencé l'éclatement de la bulle immobilière espagnole, ou pour quelle raison l'hypothèse selon laquelle le big bang serait la conséquence d'un glissement de branes au sein de la matière noire est infondée. Bref, la TAV, c'est ça. Inutile de te dire que ça requiert un niveau de concentration relativement élevé. Et comme ce n'est pas suffisant, au lieu d'un seul prof, on va avoir droit à tout un jury. La vie est magnifique...Où sont mes pilules oranges ?

Et donc, en deux jours, je m'en vais me farcir tout ça en anglais et en espagnol, et ensuite, je me prends une semaine de vacances pendant laquelle je ne vais strictement rien foutre d'autre que :

- Assister à tous les barbecues et toutes les soirées auxquelles il me sera matériellement possible d'aller (matériellement = qui ne se déroulent pas au même moment)
- Boire des Frozen Daiquiris
- Me tartiner de crème hydratante
- Lire des magazines people et la presse féminine
- Dormir

Parce qu'une session d'examens d'un mois, c'est sympa, surtout quand il n'y a pratiquement pas de blocus, mais c'est un TOUT PETIT PEU longuet.

Bon, là dessus, je te laisse. Souhaite-moi bonne chance !

jeudi 18 juin 2009

Ils sont fous ces traducteurs !


Il y a deux semaines, alors que nous attendions gentiment de passer notre examen oral d'anglais, Caroline nous a fait la réflexion suivante : "Dites, vous vous rendez compte qu'on comprend rien quand vous parlez ?" Non, personnellement, je ne m'en étais pas rendue compte. Or, Caroline, qui est rigoureusement dans la même combinaison linguistique que nous ne faisait pas allusion aux mélanges bizarres français-anglais-espagnol qui se glissent parfois dans nos conversations, mais bien à la langue parallèle que nous avons fini par développer au fil des années.

De fait, voici un exemple typique de conversation à la sortie d'un examen :

Nacho : Du pâté ! Du pâté !
Moi : En croûte, le pâté.
Laura : Mais laisse-moi dire brol !
Diego gonfe sa joue et la tapote à l'aide de son index et de son majeur en regardant Julia.
Julia : Ouais.
Moi : Hé, Ouassila...
Ouassila : Ha non ! Toi, je te vois venir !
Laura regarde Julia. Diego regarde sa montre.
Julia, jetant un coup d'oeil derrière elle : Bon, ben je vais chercher la voiture alors.

Traduction :

Nacho exprime son mécontentement quant au temps perdu pour la préparation de cet examen puisqu'au final le thème était complètement hors sujet. J'acquiesce et manifeste mon propre désappointement. Laura souligne toute l'absurdité de la chose, tandis que Diego nous fait savoir de façon implicite qu'il compte le repasser en seconde session, comme nous tous. Julia, qui n'en pense pas moins, montre qu'elle est d'accord avec tout le monde et nous laisse entrevoir une pointe de dégoût. Je propose à Ouassila d'aller nous sustenter d'un petit Big Mac après tous ces évènements, et elle me répond que de toutes façons, un petit Big Mac, ça n'existe pas et qu'ils ont tous la même taille. Elle proteste un peu puis finit par céder à la tentation, sans surprise pour personne. Laura fait savoir à Julia qu'elle mangerait bien un Mac Flurry avec double-ration de M&M's pilés, et qu'en conséquence elle nous accompagnerait bien au MacDo. Après une vague hésitation, Julia se rallie à la cause de l'estomac tandis que Diego nous signale qu'il a largement le temps d'effectuer le trajet qui le sépare de la gare puisque le train vers Tournai vient de toutes façons de partir, et qu'il nous accompagnera donc. Julia précise qu'elle a garé sa voiture sur le parking du bâtiment 4 et qu'elle passera nous prendre dans deux minutes à l'entrée du campus.

C'est pourtant simple !

dimanche 31 mai 2009

Live from the battlefront




Now, should you expect to see something that you hadn't seen
In somebody you've known since you were sixteen
If love is a bolt from the blue
Then what is a bolt but a glorified screw
That doesn't hold nothing together ?
[...]
/Augie March - One Crowded Hour (Moo, You Bloody Choir, 2006)/

Les aventures d'une apprentie traductrice en milieu urbain : première semaine d'examens et on survit. Il faut bien avouer que ça a commencé très, très fort. Mardi, 11h, nous attendons tous gentiment le fameux test sur le bouquin d'économie dont je vous ai déjà parlé. Hé ben devinez quoi... 11h23, nous attendons toujours et la nouvelle se répand comme une traînée de poudre : le prof nous a oubliés. Si, si. Classe, hein ? Le test est donc reporté. L'après-midi, c'était l'écrit d'anglais, un essai en cinq paragraphes, sans surprise. Puis plus rien jusqu'à vendredi, les choses se sont méchamment corsées. En effet, si vous parvenez à traduire spontanément "three-dimensional single positron emission CT scan" après vous être farci une traduction d'une page en Times New Roman 11 sur les lésions pulmonaires radio-induites, ben vous êtes vachement plus forts que moi. L'après-midi c'était beaucoup moins pénible, d'ailleurs j'aime bien la profe, surtout parce qu'elle n'aime pas revenir pour la seconde session. Là-dessus, on en est à trois exams de faits sur treize, c'est toujours ça de pris.

Je vous ai dit que j'avais vu les films de Soderbergh sur le Che ? Je vous les conseille vivement. Ce sont de bons films, qui n'idéalisent ni ne diabolisent le personnage, et rien que pour ça, ça valait le coup de les faire. Certaines images sont très belles, la plupart des scènes bien tournées, et d'autres plutôt émouvantes. Bien entendu, il y a quelques longueurs, mais comment voulez-vous raconter la guerilla dans la jungle sans filmer les marches forcées entre les arbres ? Il faut que le spectateur sente la tension, la peur, l'exaltation politique, la transpiration, la fatigue, l'espoir, l'humidité. Petit bémol malgré tout, il n'était peut-être pas nécessaire d'illustrer les scènes à suspense par une musique qui ressemble autant à celle des Dents de la Mer. Mais bon, allez, on leur pardonne. Et puis, quatre heures de Benicio del Toro, ça ne se refuse pas. Comment ça "il est pas beau" ? Mais je vous emmerde, moi !

"Seamos realistas y hagamos lo imposible"
(Ernesto Guevara)

samedi 23 mai 2009

Blocus

Tu t'es déjà interrogé sur la raison pour laquelle la période d'étude avant les examens et le siège d'une ville en temps de guerre portent le même nom ? Moi, je trouve que ce genre de similitudes n'annoncent rien de bon. Tu apprendras au passage que selon Wikipedia (donc l'information vaut ce qu'elle vaut), le mot "blocus" viendrait de l'ancien wallon "blokehus". So much, so good pour la contribution du wallon à la langue française.

Là, c'est la fin du blocus : premier examen ce mardi. Comme la vie est vraiment bien faite et que le monde est vraiment un endroit équitable, nous avons donc la chance, le bonheur et le privilège de démarrer cette session par un test de lecture sur le -Ô combien merveilleux- livre "Comprendre l'économie" par Maystadt, je t'en ai déjà parlé. Principe de la chose : tu te farcis un bouquin de 254 pages expliquant de façon plus ou moins claire divers principes économiques, dont certains sont vraiment hardcores à piger, et puis te tapes un test avec des questions ultra précises qui, si tu réponds bien à tout (mais l'expérience nous a montré que c'était impossible) te rapportera au maximum deux points. DEUX. Cherchez l'erreur. J'adore, évidemment, perdre des heures et des heures à cerner des concepts que j'aurai oubliés dans une semaine alors que je pourrais très bien bosser sur les autres cours, mais c'est là que toute la subtilité de la torture mentale mise en place à l'EII prend tout son sens. En effet, le demi point que tu pourrais gagner lors de ce test pourrait très bien te sauver la peau au cours de l'examen final avec lequel il est couplé, puisqu'il n'est pas rare de se retrouver avec un neuf et demi sur vingt à ce cours. Génial, hein ? Que d'espoir, que de joie.

Bon, je râle, je râle, mais au fond, j'aime bien. Pas l'économie, évidemment. Mais les études, même si à force de les prendre au sérieux on finit par se retrouver, le cas échéant, avec des crises de spasmophilie et une migraine quasi-permanente, ce qui est toujours sympa. Mais messieurs Promagnor et Steovit veillent au grain.

lundi 9 mars 2009

Whatever & I

S'empilent sur mon bureau :

Livres
- "Oceano Mare" de Baricco, en cours de lecture. Acheté d'occasion parce que je l'ai déjà en français, mais que c'était plus fort que moi.
- "Sur le rêve", Freud. Pas commencé.
- "Neither Here not There", Bill Bryson, pas commencé. Commandé parce que j'avais adoré "Down Under".
- "Pantaleón y las visitadoras", Vargas Llosa, pas commencé. Acheté parce qu'il faudra bien en lirer un pour le cours d'Espagnol.
- "Le Cantique des Cantiques", déjà lu cent fois. À relire jusqu'à le connaître par cœur.
- "My Name is Asher Lev" de Chaim Potok, commencé. Acheté parce que recommandé.
- "Slaughterhouse 5" de Kurt Vonnegut, pas commencé, aucune envie d'ailleurs. Acheté par obligation pour le cours d'anglais. Je serai bien obligée de lire, d'autant que Vonnegut semble être une référence culturelle omniprésente outre-Atlantique.
- "The Children of Men" de PD James, pas commencé. Même justification que le précédent.
- "Ulysses" de James Joyce, pas commencé. Acheté dans une crise de masochisme.
- "Comprendre l'économie" de Philippe Maystadt, ça veut tout dire. Pas commencé, bien entendu. Pas de masochisme, juste un cours de traduction économique (ok, c'est du masochisme aussi).
J'en ai pour des siècles, vivement les vacances. Quelles vacances ?

CD's
- "Tableau de Chasse", de Claire Diterzi. J'en ai une copie sur le pc, une dans la voiture, et l'original toujours à porté de main. Je ne me vois pas vivre sans. Je sais, je sais, je me disais que cette obsession me passerait, mais ça doit vraiment être le cor de chasse, Nacho n'a peut-être pas tort (et on peut en entendre plus , ne vous privez pas).
- "All Saints", sans surprise des... All Saints. Voir article précédent.
- "Baduizm" d'Erykah Badu. Album inconstant que j'essaie encore d'apprivoiser, mais avec la voix et les yeux qu'elle a, je veux bien faire l'effort. Là-dessus il y a une chanson pour chaque humeur, c'est déjà ça.

Vrac
- Mon vieux GSM qui vient de sonner, ce qui veut dire que Laura vient d'atterir.
- Un mouton en peluche qui fait "bèèèh" quand on appuie dessus.
- Des calepins, carnets, répertoires.
- Tout le matériel relatif au mémoire. Youpie.

S'empilent dans ma tête :

- De la joie et de l'impatience. Demain je vois mes nanas préférées au bout de deux longs mois, je sens que ça va déménager; retrouvailles, se raconter tout ce qu'on n'a pas pu se dire parce qu'au téléphone c'est pas pareil, potins, peut-être une petite pointe de médisance et de vin, on ne nous changera plus.
- Une chanson : "Glory Box" de Portishead, je l'ai en tête depuis hier. Y'a un truc dans cette chanson. Ne me dites pas qu'elle ne vous fait rien.
- De l'angoisse. Putain de mémoire.
- Des questions.

mercredi 4 mars 2009

L'update et moi

Voilà un moment que je n'ai rien écrit sur le blog, et en dehors de toute considération pseudo-littéraire du style "j'arrive pas à écrire", il faut bien penser aussi que quand on n'a rien à dire...ben on n'a rien à dire.

Le stage est arrivé à sa fin le 20 février. Dommage, en quelque sorte, parce que j'aimais vraiment beaucoup travailler au musée. Six semaines, ça passe vite. J'ai appris plein de choses, rencontré des gens vraiment intéressants, vécu des expériences enrichissantes, et j'ai bien rigolé ce qui n'est pas négligeable. Une expérience positive à tous points de vue, je ne désespère pas de me réincruster au MDP dès que je peux.

Du coup ça fait une semaine et demie que je suis à la maison, à la campagne. Alors autant la campagne c'est super sympa quand il fait beau, autant quand il pleut c'est un peu la misère. Conséquence logique, je vis, comme je le disais à Nacho, une vie de Barbie. Barbie est assise à son bureau et travaille sur son mémoire. Barbie va chez le coiffeur. Là, il faut qu'on change de personnage, parce que par définition Barbie est blonde et moi je ne le suis plus. Typique de moi et des femmes en général, besoin de changement donc on se venge sur les cheveux. Pour le coup, je ne suis pas mécontente, c'est plus naturel. Je navigue entre la lecture du Cosmopolitain (ceux qui n'ont jamais rit en lisant la cosmoliste sont des muermos), Caravage, dont le mystère n'a de cesse de me perturber - j'en rêve même maintenant - et la cuisine. Dans un monde parfait, j'aurais fini mon rapport de stage et la lecture de "Comprendre l'Economie", mais dans un monde parfait je serais aussi sur une plage de sable fin, un daïquiri à la main, à regarder un Ben Affleck à moitié nu qui me ferait de grands signes depuis la mer où il s'ébrouerait avant de venir me rejoindre, avec sa barbe de trois jours et ses pectos luisants. Vous comprenez donc que nous ne vivons pas dans un monde parfait.

Demain, soirée Cabaret. Pour ceux d'entre vous qui lisent mon blog et qui n'ont jamais mis les pieds à l'EII (il y en a peut-être, sait-on jamais), la soirée Cabaret, c'est "l'évènement mondain" de l'année. Enfin, du semestre, puisque le dit phénomène est bisannuel. Dans l'ordre : Waux Hall, cocktails, spectacle (passons), DJ, file d'attente, gens qui croient qu'ils te connaissent et qui insistent, d'autres qui te renversent de la bière dessus parce qu'ils sont trop bourrés pour tenir un verre droit, puis surtout d'autres que je serai ravie de revoir après trois mois d'absence. Ce ne sera pas pareil cette fois-ci, sans Laura, Nadia et Julia, mais on se rattrapera sur le bal, puis les garçons seront là. Évidemment, je ne ferai pas de débriefing avec eux après la soirée, mais ce sera marrant quand même, puis c'est l'occasion de sociabiliser, et je ne vous cache pas que j'en ai vraiment besoin, après une période d'exil comme celle-là.

En vrac :

J'ai retrouvé en rangeant un album des All Saints. D'ailleurs c'est peut-être leur seul album, j'en sais rien. Toujours est-il qu'après l'avoir snobé pendant des années, je l'ai réécouté et je me suis rendue compte que c'était vachement bien, en fait. Donc, pour vous rafraîchir la mémoire : vidéo de Booty Call

Ha ! Et je me suis aussi souvenue d'où ça venait l'air que j'ai toujours en tête et qui ressort parfois quand je fais "bambalabam", quand je m'ennuie. C'est Ay Carmela, une chanson qui date de la guerre civile espagnole. Si ça m'est revenu, c'est parce que les nanas sont à Miranda de Ebro, et que la chanson parle de la bataille de l'Ebro. Quant à savoir comment elle est entrée dans ma mémoire collective, ça... Parfois, j'ai l'impression que tout est lié et que le monde est vraiment tout petit.

Qu'est-ce qu'on fait quand on auteur se trompe dans ce qu'il raconte mais qu'on est sensé traduire ce qu'il dit pour le travail final de cinq ans d'études ? Vous le savez vous ?

lundi 16 février 2009

Charleroi, les chevaux de Troie et moi


La vie, c'est marrant des fois.

Oui, c'est sur ce poncif que je démarre ce post, je fais ce que je veux, c'est mon blog : c'est moi le chef. D'ailleurs, je vous préviens, soyez prêtes à du déstructuré, du désorganisé et du vrac.

Charleroi, c'est marrant comme endroit. Bien sûr, on ne peut pas se rendre compte sans y avoir passé du temps. La ville a mauvaise réputation, c'est vrai. Et moi qui ai un point de comparaison pour y avoir vécu, je peux vous dire qu'elle la mérite largement. Ceci dit, il y a aussi des aspects plus reluisants. Oui, les gens sont un peu violents, un peu agressifs, un peu "pas comme ailleurs". Mais il faut savoir les prendre, aussi. Arrêtez de leur parler comme à des débiles, pour commencer. Ensuite, mettez-vous bien dans la tête qu'ici, personne ne prend rien au sérieux. Personne. Ils ne savent pas comment faire, c'est bien simple. Si quelqu'un se casse la gueule en rue à cause du verglas, tout le monde rit. Tout le monde. Surtout les vieux, et sans se cacher, à gorge déployée. Il y a quelques jours, un gars explique à un autre que son fils, qui est actuellement en Afghanistan (avec l'OMLT, je présume) s'est acheté une webcam et qu'il fait "l'Américain sur la web". Genre. Donc le gars, il est para, il peut se prendre une balle à tout moment et être renvoyé entre quatre planches à sa famille, mais comme il s'est acheté une webcam, il "fait l'Américain". Oui, oui. Pour rappel, le capitaine Debatty a grandit ici, dans ce même quartier, et il faisait partie des dix paras belges massacrés à coups de machette à Kigali. On peut difficilement faire plus sérieux comme contexte. Mais non, le fils du gars, lui, il fait l'Américain. C'est vous dire à quel point ils ne prennent rien au sérieux. Et j'avais oublié ça. Ce que j'avais aussi oublié, c'est que les gens ici ne communiquent pas facilement, et que toute tentative de communication même civilisée peut passer pour une agression ouverte. Seulement voilà, moi ça fait cinq ans que je n'habite plus là, donc au début, je ne me rendais pas compte de ce que je faisais et je devais passer pour une sorte d'Amélie Poulain insupportable. Pourtant, j'ai continué à sourire de toutes mes dents et à dire bonjour. Vous n'imaginez pas le nombre de gens qui m'ont parlé, et qui, en plus, se sont mis à se parler entre eux. Bien sûr, ce n'était rien du tout, et ça ne changera pas la face du monde, et encore moins celle de Charleroi, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir un tout petit sentiment de satisfaction. C'est fou ce que les gens sont sympas, quand on leur laisse un peu d'espace. Je pense à Claude le maçon qui donne des conseils au petit jeune qui écoute du rap le matin et qui a bien voulu couper son gsm quand je le lui ai demandé parce que franchement, moi, Booba dès le matin, je peux pas, à Françoise, qui est en réinsertion, à Jean-Pierre, qui travaille aux contributions, à Yvette, qui me souhaite une bonne journée en hurlant dans le bus, à ce gars qui me dit bonjour tous les matins et dont je ne sais rien, à cette maman qui prend le métro avec ces deux mômes positivement infernaux et qui a l'air tellement fatiguée. On perd trop souvent de vue que chaque personne qu'on croise a elle aussi une vie entière à porter.

Bon, après ces constatations neuneus en diable, passons à quelque chose de plus festif. Charleroi, c'est aussi un tas de petits restos et de bars vachement sympas que j'avais oubliés. Jeudi, j'ai fait une incursion dans mon adolescence à La Cour des Miracles, avec une petite Margarita fraise, ça fait toujours plaisir et ça ne coûte rien (bon, ok, ça coûte le prix d'un t-shirt chez Zara, j'aime les euphémismes). Si mon adolescence s'éloigne un peu plus chaque jour, je me dis que ce n'est pas un mal, à condition qu'il y ait toujours des Margaritas, Daïquiris et autres Mojitos.

Ce weekend, quelqu'un m'a dit "J'ai voulu me défragmenter le cerveau mais ça n'a servi à rien parce que j'ai un cheval de Troie dans la tête". Vous me direz : "oui, Justine, tu sors les choses de leur contexte alors forcément...". Hé ben non, parce que figurez-vous que ne peut pas dire à proprement parler qu'il y avait un contexte. J'aurais voulu retenir d'autres choses, mais je crois qu'il me faudrait à mon tour défragmenter si je voulais faire un peu de place au niveau de la mémoire.

Parlant de mémoire...Il va bien, merci. Nous vivons chacun notre vie, lui sur mon bureau, et moi, loin. Nous sommes un tandem mémoire-mémorante très libre.

Cette fois, ça y est, c'est fini, j'ai terminé de traduire mon premier bouquin en entier. Je suis fière. Si, si. Même si a priori le sujet ne m'intéressait pas. Même si a priori ce n'était pas une langue de ma combinaison. Et même si a priori personne ne le lira jamais. Mais c'est symbolique. Terminer quelque chose...

Et pour le reste, tout le reste... hé bien, ça ne vous regarde pas.

jeudi 5 février 2009

Loïc, l'Italien et moi

Quel rapport, me direz-vous ? Aucun, pourquoi ?

Loïc (aka Luis, aka Louzmic, aka Louzmic, aka Guimzi, etc) me rappelant à l'ordre, je reviens vous raconter ma petite vie - avant qu'il ne connaisse par coeur l'article précédent - et mes trépidantes aventures...

Je traduis de l'italien. Oui, oui. Est-ce que je parle italien ? Non, pas vraiment. Je manque de cohérence ? Oui. Je suis une fille, pour ceux qui ne le sauraient pas encore. Comment vous dire ? Il s'avère que la prochaine expo du musée aura pour invité Duane Michals, un photographe américain qui a fait des choses...heu...intéressantes, dirons-nous. Or, il s'avère que la seule interview complète du dit personnage s'est faite en italien, interview de 24 pages en double-colonne, pour ceux qui aiment les chiffres. D'où traduction. Je sais que je suis sans doute la seule que ça épate que je travaille à partir de cette langue (sachant pour rappel que ma combinaison est anglais-espagnol, que ma seule formation en italien portait sur une leçon dont la mise en situation consistait à prendre le train et à quelques chansons de Carmen Consoli), parce que tout le monde ici à l'air de trouver ça normal, mais personnellement, je n'en reviens pas. Alors oui, je dois chercher plus de vocabulaire que si c'était de l'espagnol, mais ce qui est vraiment terrible, en fait, c'est que j'adore ça. D'abord, les subtilités relatives à l'usage des temps sont débusquables à trois kilomètres, ensuite c'est super agréable à traduire. Mais quand même, si on m'avait dit que je ferais ça un jour...

Ha, petite anecdote du jour : j'attends le bus (comme tous les jours) et une voiture s'arrête à ma hauteur (comme tous les jours) avec dedans deux mecs qui me proposent (comme tous les jours, mais c'est pas toujours les mêmes) de monter. Mais bien sûûûûûr ! Bref, je dis "non merci" de l'air le moins condescendant possible, quand une petite vieille arrive, bâton en main, bonnet en laine, toute courbée, la face comme un parchemin. Là elle me fait "Vous avez tort, il est mignon", et se barre en rigolant. Vous voyez, mes amis, on ne connaît pas vraiment l'humanité tant qu'on n'a pas pris les transports en commun à Charleroi.

lundi 26 janvier 2009

Le monde réel, ses distorsions et moi

Dans la série "ça n'arrive qu'à moi", je trouvais déjà que mon vendredi avait été bien rempli, mais manifestement ce n'était pas suffisant et mon lundi s'est avéré tout aussi flou.

Je vais vous raconter les deux choses qui me sont arrivées aujourd'hui par ordre chronologique, parce que franchement, bien qu'elles soient très différentes à cause de leur nature, elles se valent bien sur le plan de l'amplitude de l'onde de choc qu'elles ont provoquées.

Premier round, ce matin, sur le coup de 10h15, George entre dans le bureau. George, je vous en ai déjà parlé, c'est l'agent de Fred, celui qui m'a proposé un stage à Houston, et ce fait a trouvé une explication rationnelle aujourd'hui. Bref, George entre dans le bureau où je me trouve seule et me demande de but en blanc où j'habite. Comme à chaque fois qu'on me le demande, je réponds que c'est compliqué, et m'embarque dans un "I live in France but I study in Mons and now I'm here in Charleroi..." (je vous traduirai la suite directement), là il me coupe.
- Oui mais c'est au Nord ou au Sud ?"
Bon, les gars, vous qui me connaissez bien, vous savez que je me suis perdue à Bellewaerde alors que j'avais le plan, alors de là à dire si j'habite au Nord ou au Sud de mon lieu de travail, c'est la grosse galère.
- Heu...j'en sais rien...(faudrait trouver un arbre pour voire s'il y a de la mousse dessus pour s'orienter), au Nord (ou au Sud, de toutes façons tu t'en fous, t'es Bulgare, tu sais pas où t'es)."
- Au Nord, hein ?"
- Oui".
- Si je te demande ça, c'est parce que je loge à l'hôtel Léonardo"
-Ha ? (Je m'en badigeonne allègrement les rouflaquettes du pinceau de l'indifférence, mais vas-y, je t'en prie)"
- Oui, ce que je voudrais en fait c'est faire quelques photos de toi."
- Seriously ?" (je le garde en anglais, ça fera plaisir à Laura)
- Oui, oui, mais je pense que tu es occupée toute la journée alors ce serait mieux que tu passes ce soir à mon hôtel."
C'est là que je me suis demandée si j'avais vraiment l'air d'une idiote ou si les gens collaient à mort aux stéréotypes sur les blondes.
- Heu...ben...heu...je sais pas trop là, je suis occupée, puis bon, je vais à la piscine ce soir alors..."
- Oui, mais si tu as le temps, je te laisse le numéro de ma chambre", il attend que je le note, donc je prends un crayon, "658, je ne connais pas le numéro de téléphone".
- Bon, ça ne fait rien, il y a toujours un réceptionniste", c'est pas beau de mentir, mais bon, fallait bien que je m'en sorte. Je présume qu'il attend toujours.

Deuxième round. Après le boulot, je prends le bus pour me rendre vers la gare, et pour une fois, je regrette vraiment de ne pas passer plus de temps dans le bus, parce que si c'était le cas je n'aurais pas raté le début de la conversation des deux personnes qui étaient assises sur le siège devant le mien. Ils avaient l'air parfaitement normaux, mais...
Lui : J'aimerais bien aller en France."
Elle : Ha, mais c'est un beau pays la France."
Lui : Oui, mais moi mon rêve c'est d'aller quelque part (il prononce "quéquepart"), je ne sais pas où c'est, mais j'ai vu ça en photo, faudrait que je regarde avec des cartes et tout ça, c'est sûrement près de la Bretagne. Y'a des étés indiens et des aurores boréales."
Jusque là, la conversation de ces deux innocents était tout-à-fait touchante, mais les choses basculent rapidement :
Lui (il poursuit) : Mais bon, 'faudrait regarder combien ça coûte pour aller là, comment on y va..."
Elle (elle le coupe) : En bateau hein ! "
Lui : En bateau ?"
Elle : Ha oui ! En avion puis en bateau."
Je vous avoue qu'à ce stade, j'ai déjà bien du mal à contenir mon rire.
Lui : Mais tu vois, c'est comme mon abri chez moi tout dans le fond de mon jardin. T'es déjà venue hein ? Ben mon beau-frère, il m'a montré des photos de là-bas et c'est des maisons en pierre comme dans les films qu'on passait à la télé quand on était jeunes...avec Charles Ingalls"
Elle : Haaaaa oui, la Petite Maison dans la Prairie. Avec Caroline Ingalls et Marie Ingalls et Laura Ingalls..."
Lui : Il est mort hein, l'homme qui faisait Charles Ingalls, Jack London.*Y'a des années."
C'est là que j'ai commencé à noter leur conversation sur mon magazine en m'étouffant de rire.
Elle : Oui. Et la femme qu'avait le magasin, qu'elle avait des blagues!** On ne fait plus des beaux films comme ça hein ! Maintenant, je vois un film de guerre, je les ai tous vus, je vois un film de bagarre, je les ai tous vus, je vois...Ha ! Si ! Moi ce que j'aime bien c'est les films de cowboys avec Terence Hill et...Bud Weiser.***"
Lui : Ou les films de l'ancien temps, avec Pierre Douglas****, qu'il mourrait même sur une croix comme du temps des romains."
Elle : Ha, oui, qu'il était décédé sur une croix, oui. Ursus."
Lui : Oui, c'est ça, Ursus!*****"
Et c'est ce coup-là qui m'a été fatal, j'ai éclaté de rire comme une folle, ça faisait trop longtemps que je me contenais. Donc il se sont retournés.
Lui : Mais elle est sotte celle-là!" en me regardant.
Plus tard, après avoir pris ma correspondance dans le métro, j'en riais encore aux larmes, à la grande surprise des autres voyageurs.

*Jack London, auteur de Croc Blanc; Michael Landon, interprète de Charles Ingalls.
**"Avoir des blagues" signifie en Carolo "vivre des aventures".
***Budweiser, bière; Bud Spencer, partenaire de Terence Hill au cinéma.
****Pierre Douglas, pseudonyme de Pierre Melon dans le Petit Rapporteur; Kirk Douglas, acteur américain
*****Probablement "Spartacus", qui au passage est mort au combat, donc peut-être bien Jésus, au final.


Hé ouais.

dimanche 25 janvier 2009

Le vernissage et moi (mon stage et moi III)

Je ne vous ai pas raconté...

Vendredi, au Musée, c'était le vernissage de l'Expo Wendy Watriss & Fred Baldwin : Looking at the U.S. 1957-1986.

La journée avait commencé tranquillement par quelques remises en place, et il faut bien l'avouer, des accrochages de dernière minute, ainsi qu'une inversion des légendes. Puis les journalistes sont arrivés. Il était amusant de remarquer que les journalistes qui travaillent pour des journaux dits "sérieux" étaient manifestement là pour le buffet, alors que ceux qui venaient de la part de toute-boîtes étaient vachement plus impliqués, regardaient vraiment les photos et ne restaient pas pour dîner puisqu'ils devaient aller vers d'autres reportages. Nous, pour le coup, on a eu droit à un mojito en apéro et au buffet qui était bien bon.

On notera également un certain journaliste d'une revue spécialisée et très sélect qui nous a pris de haut, l'autre stagiaire et moi, de très haut, de très très haut, nous a regardé comme si nous étions des gueuses couvertes de bouse. Nous avons compris à son pull rose pâle bien plus tard qu'il avait vraisemblablement un problème avec les femmes en général, intuition confirmée au moment où il a regardé la conservatrice (qui a des jambes de deux mètres de long, des cheveux de princesse et des yeux de Bambi) en reniflant de dégoût.

Après le départ des journalistes venus pour le vernissage presse, ça aurait pu se calmer, mais c'est précisément le moment qu'a choisi le fournisseur pour livrer les 400.000 flyers qu'il a bien fallu caser dans des endroits les plus improbables les uns que les autres.

Une fois que ça a été fait, j'ai pu discuter avec la sœur de Wendy (dont j'ai oublié le prénom) et George, l'agent de Fred, parce qu'après tout, ça faisait toujours de la pratique en anglais, n'est-ce pas? Il m'a paru bizarre, George, sur le coup, parce qu'il m'a demandé quels étaient exactement mes qualifications, quel était mon but dans la vie, si je me voyais travailler dans les relations publiques. C'est à ce moment-là que je me suis rendue compte que j'étais en train de passer un entretien d'embauche informel. De fait, trois minutes plus tard, George me demandait mon adresse e-mail pour me contacter dès qu'il aurait trouvé quelque chose à me faire faire à la fondation FotoFest. À HOUSTON ! Je dois dire que c'est très excitant et terrifiant. Surtout terrifiant, en fait. Surtout que bon, moi j'ai rien demandé, quand même.

Sur l'entrefaite, Joanna (l'autre stagiaire) et moi avons choppé Fred et Wendy pour qu'ils nous dédicassent les livres de l'expo. Une fois chose faite, comme le vernissage était commencé et que les divers people habituels étaient arrivés, nous avons eu envie de voir Paul Magnette (Ministre fédéral du Climat et de l'Energie) en vrai, puisque tout le monde en parle tellement. Hé bien, franchement, il vaut bien le déplacement. Pas vilain du tout, plutôt élégant, et surtout, jeune. J'invite les demoiselles à donner leur avis.

Il était presque l'heure de partir quand un grand gars avec des cheveux longs m'a attrapé par le bras pour me poser des questions avec son énooooooooorme accent britannique sur ma formation, d'où je venais, ce que je faisais là, ce genre de trucs. Je me suis demandé si c'était un remake de l'après-midi, mais ce gars avait un style sensiblement plus baroudeur que celui de George (qui porte du tweed vert, quand même). Je ne sais pas si ça vous le fait aussi, mais dès que je dis que c'est ma dernière année, on me demande ce que je vais faire l'année prochaine. Comme je ne sais jamais quoi répondre, j'ai dit que j'aimerais faire une immersion. Du coup, voilà-t-y pas que mon gars me dit (et je vous le cite) : "Si tu veux je habite Parissssss alors je parle toi anglais, tu parles moi français, on apprend tous les deux. J'ai grand appart'ment..." avec un grand sourire. Je ris bêtement et mon télépone sonne à la rescousse. Je disparais. Au moment où je traverse le sas pour sortir, il me colle une carte de visite dans la main et me dit de lui envoyer un mail. Ok, j'acquièsce, ça a l'air de lui faire plaisir, et je m'en vais. Je vous avais dit, je crois que je n'y connaissais rien en photo. Voilà qui s'avère vrai une fois de plus. Il s'agit en fait d'un reporter du National Geographic, the Guardian et the Independent, entre autres, que je ne citerai pas parce que c'est encore bien le genre à googler son propre nom. Je crois que même si je rencontrais l'archevèque de Canterbury, je ne saurais pas qui il est, manifestement.

Voilà, donc, mon vendredi.

À bientôt pour de nouvelles aventures !

mercredi 21 janvier 2009

Frederick Baldwin et moi (Mon stage et moi II)

"La vie, c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber". Oui, je sais, citer Forest Gump, c'est pas vraiment mon genre, mais notez bien que je cite ici Winston Groom, son auteur, et que bon...personne n'est infaillible, n'est-ce pas ?

Je disais donc que la vie nous réservait parfois de petites surprises à sa façon. Ce matin, j'ai donc rencontré Frederick Baldwin et Wendy Watriss, les deux photographes que le musée exposera dès vendredi.


Photographie de Picasso prise par Frederick Baldwin

Frederick Baldwin a harcelé Picasso pour qu'ils passent une journée ensemble. Il a connu Hemingway (merde, Hemingway, quand même!). Il a reçu deux purple hearts (DEUX!). Il fondé avec sa femme le FotoFest, une des biennales de photographie les plus importantes au monde. Il a travaillé pour Robert Kennedy. Et le New York Times, Newsweek, Life, Geo, pour ne citer que ceux-là. Bref, une pointure du genre. Et pourtant, le voilà le plus naturellement du monde en train de m'expliquer à quel point le Texas a changé depuis les années 70', combien les gens qu'il a photographiés ont été acceuillants et gentils, à quel point ceux qui n'ont rien partagent tout. Sa théorie, c'est que la générosité est un mode de survie pour les populations. Ceux qui donnent ne sont pas agressés. Il l'a bien vu au Pôle Nord, en Syrie, en Géorgie, partout où il est allé.


Frederick Baldwin au FotoFest

Et puis, ce gars, plutôt que de me faire un cours sur sa vie, me pose des questions. D'où je viens, ce que je fais, quelles langues je parle, où j'ai appris l'Espagnol, comment sont les Canaries...Et il m'écoute. Comme une leçon d'humilité, en quelque sorte. On peut-être le plus grand, et pourtant s'intéresser au plus petit.

Pour le reste, le stage se passe bien, mais ça, c'est une autre histoire, que je vous raconterai une prochaine fois...

lundi 12 janvier 2009

Mon stage et moi ( I )

Comme vous le savez déjà sans doute tous, je suis une grande aventurière qui ne recule devant rien pour satisfaire son goût du risque. C'est pourquoi j'ai décidé de faire mon stage dans un lieu aussi trépidant que Mont-Sur-Marchienne, banlieue de Charleroi. J'ai pour cela temporairement déménagé chez ma marraine, qui habite Gilly, banlieue de Charleroi, aussi. Donc, me voilà hier soir, dimanche 11 janvier, assise sur un lit qui n'est pas le mien, face à mon pc, moment auquel je lis "grève des TEC à Charleroi demain". Il n'en fallait pas plus pour provoquer chez moi une crise d'insomnie saupoudrée de "mais je fais quoi ? je fais quoi ?". Bref, ce matin, debout, déjeuner, s'habiller, une clope, finir le thé, se maquiller, une clope, et c'est parti pour l'arrêt de bus. Bon ben non, y'a pas grève, c'est déjà ça. Deux guignols me disent "bonjour madame", ma journée commence bien. Bref, métro. Alors il y a une chose qu'il faut savoir sur le métro de Charleroi, c'est que la ligne 54 va à la gare du Sud, et la ligne 55 n'y va pas du tout, sans aucune exception possible. Cet état de faits bien assimilé par mon petit esprit bien drillé à traiter l'information, je me dirige donc d'un pas alerte vers le quai 1 (y'en a deux, pas d'erreur possible), et me trouve face-à-face avec un métro...hybride. S'entend : un wagon 54, un wagon 55, un wagon 54, un wagon 55. Ok. Vu l'heure qu'il est, c'est forcément un 54. Donc je monte dedans. Donc arrivée à la station Janson, qui n'est pas DU TOUT dans la direction dans laquelle je voulais aller, je me résous donc à descendre, prendre un métro en sens inverse, et recommencer depuis le début. All righty then. Évidemment, su l'entrefaite, j'ai loupé ma correspondance. Pas de panique. Je téléphone au Musée pour avertir que je serai en retard. Tout le monde s'en fout, ma directrice de stage aussi sera en retard de toutes façons. Je n'ai bien entendu pas raccroché de deux minutes que s'amène un bus qui va à l'endroit précis où je veux aller.

Fin du périple, j'arrive au Musée avec à peine une minute trente de retard, que personne ne remarque. Alors là, je vous fais le plan sommaire de ma journée :
  • 9h02 - 9h27 : présentation aux divers employés du Musée
  • 9h27 - 9h34 : installation à mon bureau
  • 9h34 - 9h57 : irruption du directeur du Musée qui traite trois affaires courantes à la fois, monte une expo, raconte une blague, me fait un clin d'oeil et disparaît.
  • 9h57 - 10h00 : ma directrice de stage me donne un paragraphe à traduire.
  • 10h01 : début de la réunion sur la numérisation des fonds
  • 11h24 : retour dans mon bureau
  • 11h32 : arrivée dans le bureau du gars du bureau d'à côté, qui veut savoir si on va au "verre du chef". Ben oui, comme le Musée à présenté ses vœux à la presse la semaine passée, le directeur présente les siens au personnel aujourd'hui. Donc Merlot et pizzas.
  • 13h18 : conversation en espagnol avec le directeur. Ne me demandez pas pourquoi. S'en suit une discussion sur le football en Argentine
  • 13h45 : retour au bureau
  • 13h46 : traduction des textes que m'a laissé ma directrice de stage
  • 16h00 : je m'en fume une, vais chercher une bouteille d'eau dans la salle de réunion, la bois, discute avec la secrétaire polyvalente, traduis un mail pour la responsable communication. Puis je fais le tour des autres bureaux pour voir si personne n'a quelque chose à me faire faire. Non, en fait.
  • 16h45 : arrivée dans le bureau de la responsable du service éducation du Musée, vachement sympa, elle a vécu à Barcelone. Normal.
  • 17hàà : fin de journée.
Le directeur m'a dit "c'est pas tous les jours comme ça, tu sais!".

Bon, ça n'a pas l'air folichon comme ça, mais l'ambiance est très sympa, tout le monde est très gentil et aussi légèrement survolté. Pour le reste, à mon avis les choses sérieuses commenceront demain.

Bien à vous, chers lecteurs, bien à vous...

mardi 6 janvier 2009

Simon Schama et moi

À ma gauche, Bibi, 23 ans, un mètre soixante-neuf, cinquante-neuf kilos (dont au moins quatorze de Coca-Cola©), étudiante en traduction. À ma droite, Simon Schama, 63 ans, taille inconnue. Poids : Christ's College, Cambridge, Wolfson History Prize, Harvard, NCR Book Award, Université de Columbia, BBC, National Book Critics Circle Award.

Vous l'aurez compris, Simon Schama et moi n'avons pas grand chose en commun. Pourtant, il y a un livre. Lui, il l'a écrit, moi, je le traduis. L'inverse n'était pas possible. Je vous brosse le tableau rapidement : dans le cadre des études de traduction, il y a un mémoire à rendre. Outre des choix incompréhensibles, il était possible que ce mémoire soit une traduction. J'ai donc choisi (inconsciente que je suis!) de traduire son bouquin "Power of Art". Mais pourquoi donc ? me direz-vous, et vous aurez bien raison.

Tout ça, c'est la faute de Gianlorenzo Bernini. Il faudra que je vous parle de lui, à l'occasion, un personnage fascinant. Bref, toute cette histoire a commencé il y a quelques années, je daterais ça à la troisième année de bachelier, voire un peu avant. J'étais fascinée par "L'extase de Sainte Thérèse" du dit Bernin, à savoir, ça :



Et il faut quand même bien avouer, pour être claire, nette et concise, que c'est un chef-d'oeuvre qui tue sa race. Soit. J'étais donc légèrement obsédée par cette histoire quand j'ai lu le Da Vinci Code (ne faites pas "beurk" comme si c'était du mauvais goût, vous aussi vous l'avez adoré, ce thriller) dans lequel l'auteur faisait allusion à l'aspect sexuel de la sculpture, qui est franchement indéniable quand on y regarde de plus près. Comme cette année-là on devait rendre un essai de 3000 mots en anglais, mon sujet était tout trouvé, et c'est en me documentant que je suis tombée sur le fameux "Power of Art". Et j'ai été conquise par la plume de Schama. Or, les apprentis traducteurs qui me liront ne seront sans doute pas surpris par l'idée suivante : plus quelque chose est bien écrit, plus c'est la galère pour le traduire. Et moi, je dois dire que je m'en suis rendue compte un peu tard. Et mon directeur de mémoire de me dire, en guise de consolation "C'est vrai que votre texte source est bien plus difficile que la moyenne, mais il est d'une grande beauté". Ha ben merci, ça m'aide.

Me voilà donc empêtrée dans une énième correction de l'introduction, dont j'aimerais me débarrasser au plus tôt, pour enfin attaquer le vif du sujet, à savoir Caravaggio, et puis surtout, Bernini.

Ha! Tant que j'y pense! On me demande souvent sur quoi porte mon mémoire, et j'ai toujours du mal à formuler une réponse intelligible, parce que même pour moi ça reste un peu confus (oui, j'exagère), donc maintenant que j'y suis parvenue, jugez-vous même : il s'agit d'un livre reprennant les vies de huit artistes qui au terme d'une crise existentielle personnelle (meurtre, trahison, ce genre de joyeusetés) sont parvenus à créer une oeuvre majeure ayant abouti à une révolution de la conception de l'Art. Ha, ha! Et c'est là que d'un air compatissant, vous me dites "Courage Ju!", et je vous en remercie.