
Si j'emprunte le titre
d'un de mes films préférés pour ce blog, ce n'est pas anodin. J'espère que vous avez vu le film, auquel cas vous comprendrez bien vite, et sinon, voyez-le, ce film est vraiment, VRAIMENT excellent (et si je vous dis ça, ce n'est pas uniquement parce qu'il y a Ben Affleck dedans). Voilà un film qui en plus d'être drôle et impertinent offre une réflexion plutôt intéressante sur la religion chrétienne. Vous me direz, "la religion, on s'en fout". Je suis même certaine que la plupart d'entre vous en sont profondément convaincus, mais que vous le veuillez ou non, elle est partout et vous a influencé depuis votre plus tendre enfance, en bien ou en mal. Et il n'est bien sûr pas nécessaire d'être un béni-oui-oui (j'adore cette expression) qui croit au créationnisme pour l'admettre.
Je lis la Bible. Je veux dire, pas comme les vrais croyants qui la lisent tous les soirs pour la connaître à fond et être sûrs de ne pas commettre une erreur qui les enverrait tout droit en enfer sans passer par la case purgatoire, non. Je la lis un peu, certains passages, de temps en temps. J'ai une préférence très nette pour
le Cantique des Cantiques, mais ce n'est pas à proprement parler un texte religieux, et si on me demandait mon opinion, je vous dirais que c'est sans doute la poésie amoureuse la plus touchante et la plus sensuelle que j'aie jamais lue, mais ça n'engage que moi. Donc de temps en temps, je lis un passage. Rarement pour le plaisir, sauf dans le cas que je viens de citer, mais pour apprendre des choses. La Bible, qu'on croit ou non aux Saintes Écritures est un texte fondateur de la culture occidentale. Je crois qu'on ne peut bien comprendre l'histoire de cette culture qu'en ayant une vague idée de ce que ça raconte. La religion est omniprésente dans l'imaginaire collectif. En ce qui me concerne, j'ai bien sûr une raison de plus de m'y intéresser. Comme vous le savez peut-être, j'ai toujours été extrêmement intéressée par les arts, et il s'avère que ma préférence va ostensiblement au Baroque. Or, comme vous le savez sans doute aussi, l'art Baroque est essentiellement (pour ne pas dire exclusivement) religieux. Alors oui, on peut se contenter de regarder une sculpture et de trouver la pureté de ses formes époustouflante, mais on peut aussi essayer de comprendre ce dont il s'agit. Or, comment comprendre le Baroque si on ignore tout de la
Contre-réforme ? Si on ignore les tenants et les aboutissants de la
Réforme ?
Judith et Holopherne, du Caravage
Et c'est précisément en m'intéressant à la Réforme que j'ai compris pourquoi je ne serais jamais une bonne catholique. Bien sûr, je savais déjà que je ne le serais jamais, parce qu'après tout les catholiques ont cette fâcheuse tendance à être conservateurs, et c'est pas franchement mon trip. Un peu comme le Pape, d'ailleurs. On peut se permettre beaucoup de choses, mais que le Vatican publie un communiqué disant que
la machine à laver a rendu plus de services que la pilule aux femmes et que le Pape déclare que le préservatif n'est pas la solution contre le SIDA, que la foi sauvera l'Afrique, excusez-moi du peu mais personnellement j'appelle ça un vieux con. Un peu comme cette histoire
de péchés capitaux. Le fait est que je m'y adonne fréquemment, sans repentir ni même honte, et je dois bien avouer que j'en tire un certain plaisir, comme vous tous d'ailleurs. Au moment où je vous écris, je m'adonne aussi bien à la gourmandise qu'à la paresse. J'en étais donc là de ma réflexion (si Loïc passe par ici je ne doute pas un seul instant qu'il me fera tôt ou tard la réflexion sur l'Église qui empêchait le progrès au Moyen-âge) quand je suis tombée sur les dix commandements. Pas la comédie musicale, hein.
La voûte de la chapelle Sixtine, Michel'Ange
Je vous parlais donc de la Réforme. Vous n'êtes pas sans savoir qu'une des idées les plus importantes de la Réforme protestante était un retour aux Écritures, notamment aux commandements. Parmi ceux-ci, le plus débattu était probablement le deuxième, à savoir, pour résumer "tu n'adoreras pas les idoles". Les protestants n'auraient plus de représentations religieuses, les catholiques étaient dans la merde, puisqu'on les mettait face à leur propre paradoxe, avec leurs églises pleines de tableaux et statues. Bref, je ne vais pas vous faire un cours d'histoire, mais il s'avère qu'avec
le Concile de Trente, il a été décidé que nombre d'oeuvres "déviantes" seraient détruites et qu'on ne produirait plus d'art religieux que pour "inspirer la foi et expliquer les écritures à ceux qui ne pouvaient les lire". Et c'est là qu'arriva Caravage (qui pour la petite histoire allait entuber le Vatican comme jamais). J'en reviens donc au deuxième commandement, que non seulement j'enfreins avec la régularité d'une horloge, mais dont l'inverse constitue mon seul lien réellement fort avec la religion. Je m'explique : si je croyais vraiment en Dieu, mon seul argument en sa faveur serait qu'il faut forcément qu'il existe quelque chose de supérieur pour avoir inspiré une telle beauté à la main des artistes. Mais je sais aussi pour l'avoir parfois éprouvée un court instant que la ferveur qui les guidait, si elle venait de leur foi, n'était rien d'autre qu'un dévouement total à l'art et une frénésie incontrôlable de création. Malgré tout, la seule chose qui m'intéresse vraiment dans la religion, c'est l'art qu'elle a produit, parce qu'il s'agit bien souvent d'Art avec un grand "A". Bref, s'il ne m'est jamais donné d'adorer un dieu, j'adorerai toujours les icônes, et un Caravage, un Bernin, un Michel'Ange ou un Raphaël auront toujours plus de valeur à mes yeux que tous les principes sacrés qu'on nous inflige aux cours de religion. Et si j'ai la foi, c'est dans l'immense pouvoir de l'art.
Un petit bout de "L'enlèvement de Prosperine" du Bernin
Ceci dit, ça ne m'empêche pas de réciter le Notre Père en boucle quand je prends l'avion, et de cracher aussitôt sur les dévôts qui justifient leurs actes par la religion, quelle qu'elle soit.
Extrait de Dogma :
[about Azrael's neutrality in the Holy Conflict]
Jay: What are you, some kind of fucking chicken?
Azrael: No, I was an ARTIST, STUPID! I WAS INSPIRATION! A muse has no place in battle!
Serendipity: So after the fallen were banished to hell, God turned on those who wouldn't fight, and Azrael was sent down with the demons.
[mockingly]
Serendipity: Something he considers a GRAVE injustice!
Azrael: Ah, come on! Don't tell me you NEVER questioned the judgement, Serendipity.
Serendipity: No. It never bothered me. So you were an artist! Big deal! Elvis was an artist. But that didn't stop him from joining the service in time of war. And that's why he's The King, and you're a schmuck.